Problème : L’intimidation, véritable fléau des temps modernes, entraîne souvent le décrochage scolaire, la fugue, la dépression et même le suicide chez nos jeunes. À quel âge pouvons-nous commencer à parler d’intimidation ? Quels moyens pouvons-nous prendre comme enseignants ou parents pour préparer nos jeunes à faire face à cette problématique ?
Solutions : Dès le préscolaire, l’enfant commence à comprendre la différence entre le bien et le mal. Au lieu de parler du problème d’intimidation, un terme plutôt abstrait pour les tout-petits, profitez des difficultés quotidiennes vécues par les enfants pour parler plutôt d’empathie.
Tout enfant qui développe très tôt cette valeur inestimable refusera consciemment l’intimidation à un âge plus avancé. Être capable de se mettre à la place de l’autre, de vivre ce qu’il vit, de sentir ce qu’il ressent, voilà ce qui peut aider à prévenir l’intimidation dans les écoles. Voici quelques exemples de situations courantes à la garderie, à l’école ou à la maison qui pourraient être propices au développement de l’empathie :
1-L’enfant qui tombe et se fait mal
2-L’enfant qui perd sa mitaine dehors et rentre en pleurant
3-L’enfant qui a un petit accident avant de se rendre aux toilettes
4-L’enfant qui se met à saigner du nez devant tout le monde
5-L’enfant qui porte des vêtements très différents des autres
6-L’enfant dont le chien s’est fait frapper par un véhicule
7-L’enfant dont la grand-maman se retrouve aux soins palliatifs
8-L’enfant dont le papa doit partir plusieurs mois pour un travail à l’extérieur
9-L’enfant qui se fait voler des billes au vestiaire ou à l’extérieur
10-L’enfant qui vient d’apprendre que ses parents vont se séparer
11-L’enfant qui n’a pas d’amis en raison de sa grande timidité
12-L’enfant qui bégaie ou qui porte des lunettes
13-L’enfant qui est très différent physiquement de ses amis
14-L’enfant qui souffre d’une maladie chronique comme l’asthme
15-L’enfant qui est maladroit dans les sports ou les activités artistiques
16- Etc.
Nombreuses sont les occasions de parler d’empathie lorsqu’un jeune vit un moment difficile. Au lieu d’ignorer ou de se moquer de l’enfant qui vit un problème quelconque, pourquoi ne pas essayer de comprendre tous ensemble ce qu’il vit à l’intérieur de son « cœur » ? Les tout-petits ont beaucoup plus de facilité que les adolescents à communiquer les émotions qui les habitent. Ils vivent dans le « moment présent » ce qui leur permet de ressentir immédiatement les bienfaits de ce genre de discussions.
Prenez l’habitude de revenir sur la situation problématique dans les minutes qui suivent. En posant la question : « Comment te sentirais-tu si tu avais ce problème ? Comment voudrais-tu que les adultes et les autres enfants t’approchent ou te parlent quand tu vis quelque chose de semblable ? » Vous seriez surpris des commentaires de certains enfants qui en font réfléchir plusieurs autant enfants qu’adultes. Ne vaut-il pas mieux reporter une leçon de 10 ou 15 minutes pour prendre soin des jeunes qui vivent des difficultés importantes ? Vous constaterez éventuellement que l’atmosphère détendue que vous avez su maintenir dans le groupe facilitera grandement les apprentissages des jeunes. Ce n’est pas du temps perdu mais bien du temps gagné qui prendra toute sa valeur dans les années à venir.
Suggestions pour les garderies et les écoles :
1-Donnez l’exemple :
a- Souhaiter « Bon anniversaire » à un membre du personnel devant les enfants.
b-Fabriquer ensemble une grande carte lors de la naissance d’un frère ou d’une sœur. Tout le monde peut y mettre son nom accompagné d’un petit dessin.
c-Lorsque qu’un parent apporte un gâteau pour souligner l’anniversaire de son enfant, s’il en reste, penser à la secrétaire et au concierge qui travaillent dans l’ombre. Un jeune peut se porter volontaire pour en faire la livraison et adorer son expérience.
d-Vous avez un vilain rhume ou vous avez mal dormi. Expliquer aux jeunes en début de journée que vous avez besoin d’un peu de compréhension de leur part. Certains enfants vous offriront même leurs conseils ce qui prouve que l’empathie est en développement.
e-Communiquer vos propres émotions devant certaines situations que vous vivez : ex. votre chat vient d’être euthanasié suite aux conseils du vétérinaire ; votre sœur s’est cassée la jambe en descendant un escalier ; votre arbre préféré est tombé dans la cour en raison des forts vents ; vous avez donné des vêtements et quelques meubles à une famille dont la maison a passé au feu ; vous faites un don en argent lorsqu’on parle d’un désastre majeur à la télévision ; etc.
2-Encouragez le parrainage entre 2 groupes :
Impliquer un groupe de plus vieux avec un groupe de plus jeunes dans un projet Lecture, Arts ou TIC. Par exemple, les plus âgés peuvent expliquer aux plus jeunes comment fabriquer une carte de voeux en noir et blanc à l’ordinateur qui servira à leur groupe au cours de l’année. Les couleurs seront ajoutées plus tard lorsque l’occasion se présentera. Le but du parrainage est de développer l’empathie dans les 2 groupes. Il suffit de leur expliquer que les cartes serviront éventuellement à féliciter quelqu’un pour un geste très spécial envers un ami ou pour toute autre occasion touchant directement un enfant du groupe.
3-Soulignez régulièrement les gestes d’empathie : Il est important de parler de respect envers les personnes, les animaux et même l’environnement. Par exemple :
a-Tenir la porte ouverte pour un adulte qui en a besoin
b-Partager sa collation avec un ami qui a oublié la sienne
c-Informer un adulte en charge lorsqu’un ami vit un problème
d-Aider un ami qui est tombé dehors
e-Aller tout de suite vers un ami qui pleure
f-Féliciter un ami pour ses efforts malgré ses difficultés en dessin ou
dans les sports
g-Participer à des jeux de société avec un groupe de grands-parents ou de personnes à mobilité réduite
h-Apporter un don à la SPA tout en constatant les abandons d’animaux
i-Lors d’une visite au parc, s’il y a graffitis ou bris, prendre le temps d’en discuter et de chercher ensemble des solutions
j-L’environnement a aussi besoin de notre aide : ex. cueillette de déchets non dangereux dans la cour lorsque la neige est fondue. Cette activité répétée à l’occasion touchera tout particulièrement le concierge ou le responsable de la cour. Les enfants ont besoin de voir la joie qu’entraîne les gestes qu’ils posent.
En résumé, pour prévenir l’intimidation dès le préscolaire, il est important de travailler tous ensemble au développement de l’empathie chez l’enfant. Comme le dit si bien Antoine de Saint Exupéry dans Le Petit Prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »
Pour en savoir davantage sur le développement de l’empathie chez le jeune enfant, vous pouvez aussi consulter ma chronique Solutions-Enfants : « De l’enfant-roi à l’enfant gagnant »
Jocelyne Pouliot Bc.Éd. M.A.
RELATION D’AIDE À L’ENFANT
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